Libérez les algorithmes!

 

 

Alors que Parcoursup se met en place, rien n’est véritablement connu sur la manière dont les étudiants vont être affectés à l’université. En réponse à leurs voeux, certains élèves vont recevoir des “non”, d’autres des “oui”, d’autres des “oui si”. Mais aussi bien parmi les enseignants d’université que parmi les enseignants de lycée, personne n’est capable de dire exactement comment va se passer cette sélection.

1. Une procédure plus humaine?
La plateforme Parcoursup a été présentée comme un moyen de “remettre de l’humain” dans le processus d’affectation des étudiants. Dans les discours officiels, ceci s’oppose à la logique purement mathématique de la plateforme précédente, APB, qui affectait les élèves sur la base d’un algorithme (c’est-à-dire une formule informatique). Un exemple de ce caractère “humain” : les élèves qui aspirent à entrer à l’université doivent maintenant rédiger des lettres de motivation pour chacun de leurs dix voeux.

2. Comment classer des milliers de demandes
Cette présentation est trompeuse. Des informations en provenance de nombreuses filières universitaires confirment que les centaines, ou milliers, de demandes reçues vont devoir être classées, de la première à la dernière. Du fait du nombre de demandes, ce classement ne pourra se faire sur la base d’une prise en compte “humaine” de l’individualité de chaque candidat, et de son adéquation avec le projet d’études. Il se fera nécessairement sur la base d’éléments quantitatifs : les notes reçues au lycée. Sans doute, la plupart des lettres de motivation ne seront jamais lues.

3. Tous les lycéens sont égaux, mais certains le seront davantage que d’autres…
Imaginez que vous travaillez à l’université. Vous avez reçu 1000 voeux pour une filière qui compte 100 places. Vous devez classer ces voeux, de 1 (le “meilleur” dossier) jusqu’à 1000 (le “pire” dossier). Vous et vos collègues n’avez évidemment ni le temps ni les moyens de lire les 1000 lettres de motivation. Vous allez classer selon les notes, qui ont l’avantage de pouvoir être classées facilement dans un tableau Excel.
Dans le même tableau, on peut également introduire un algorithme qui dira qu’un 12 en français reçu dans un lycée de quartier populaire vaudra moins que la même note reçue dans un chic lycée de centre ville. Par exemple, pour “valoir” autant que le 12 du lycée du quartier latin parisien, le lycéen de Seine-Saint-Denis devra avoir eu… 18. En d’autres termes, son lycée ne “vaut” que 2/3 du lycée parisien; ou le lycée parisien vaut 150% du lycée de banlieue.
Dans ce dernier exemple, les coefficients sont inventés – pour une seule raison : nous ne connaissons pas les vrais. Ces algorithmes qui donnent une valeur différente aux lycées d’origine ne relèvent pas de la théorie du complot. Ils existent. Il y avait un algorithme derrière APB. Il y aura un ou des algorithmes derrière ParcoursSup.
-> Il s’agit bien d’outils de sélection, malgré les dénégations du gouvernement, puisque ces algorithmes permettront de répondre “non” au lycéen de banlieue avec son 12 de français, et “oui” au lycéen parisien avec la même note.

4. Des algorithmes cachés, malgré les lois sur la transparence numérique…
Diverses lois obligent l’Etat à rendre publics les algorithmes qui seraient utilisés dans ses décisions. Cependant, dans le cas de l’affectation à l’université, il y a une volonté explicite de ne pas publier les algorithmes. Derrière ce déni de transparence, il y a aussi la crainte du scandale énorme que susciterait la publication des coefficients par lesquels on détermine la “valeur” différente des lycées français et derrière eux, de leurs élèves, et de quartiers tout entiers – tout en continuant de dire que l’éducation est nationale et la même pour tous.

Si vous avez des informations sur le fonctionnement réel des algorithmes de sélection, ne les envoyez pas à Wikileaks ! Partagez-les plutôt grâce à ce site !

 

L’ordinateur central de Parcoursup

 

Rappel : les lois qui disent que le fonctionnement effectif de Parcoursup relève du domaine public