Mes collègues veulent bien sélectionner s’ils sont payés pour le faire

Categories Témoignage Prof de Fac

Je suis MCF [note : maître.sse de conférences] dans une licence dite jusque-là « sous tension ».

Jeudi a eu lieu une réunion de mon département consacrée à Parcoursup. La première à ce sujet dans ce département. Jusque-là, le plan étudiant, puis Parcoursup et la loi ORE n’ont pas vraiment mobilisé. Pour ne pas dire pas du tout. Après tout, il ne s’agit que de la licence. L’essentiel c’est le master. Schéma classique. Mais passons.

Jeudi donc, la direction du département a ouvert la discussion en faisant part des échanges qu’elle a eus avec la direction de l’UFR et la vice-présidence de la CFVU qui lui réclament la composition de la commission des examens des vœux et une estimation de l’enveloppe nécessaire. Elle, direction du département, demande le montant de l’enveloppe sur laquelle le département pourra compter avant qu’il ne se positionne. Le dialogue de sourds va durer plusieurs semaines. Face à l’urgence, la direction de l’UFR lui concède que la commission pourra se désister si les moyens n’étaient pas à la hauteur. Comme s’il fallait demander la permission… Bref.

Jeudi, en urgence donc, l’assemblée semblant ignorer à peu près tout des objectifs et des enjeux de Parcoursup, des modalités de fonctionnement de la plateforme, a dû prendre une décision.
La direction du département, forte de son expérience de l’orientation active sur APB, a assuré que le travail était faisable, puisqu’il y aura au plus 3400 dossiers. Quel rapport entre son expérience d’APB et Parcoursup ? La lecture des lettres de motivation, pardi ! Cela lui a été possible les années précédentes, ça peut donc l’être aussi cette année. La différence entre la lecture de dossiers et le clic « favorable »/ »défavorable » (dont les lycéens pouvaient s’affranchir) et le classement de toutes les candidatures ? … pas de quoi émouvoir l’assemblée.
Au contraire même !

Ras-le-bol de tou.te.s ces étudiant.e.s qui n’ont pas le niveau ! Ras-le-bol de celles et ceux qui sont là sans motivation. Ils et elles prennent de la place et condamnent les enseignant.e.s à corriger leurs copies terriblement mauvaises ! Alors oui à la sélection ! Que ces étudiants qui n’ont rien à faire ici restent dehors ! « On n’a pas les moyens de tous les accueillir » chuchote un collègue pour justifier son avis.

Soyons complet : la question s’est posée de savoir ce qu’il se passerait si le département refusait de « rentrer dans Parcoursup ». Et la réponse a levé les craintes : si ce n’est pas nous, c’est soit la présidence de l’université, soit le rectorat. Et alors là, on ne pourra plus choisir les meilleur.e.s étudiant.e.s ! L’affaire est donc jugée. Passons au vote ! Résultat sans appel : 65% pour la sélection ! (26% contre, 9% blancs).

Moralité sans morale : fermons nos frontières ! Faisons le tri parmi ceux qui veulent venir ! Le remake est glaçant.
Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Deuxième vote : « êtes-vous d’accord pour suspendre la commission si les moyens alloués n’étaient pas suffisants ? ». Tous pour ! Un seul vote contre et une abstention (non comptabilisée).
Que penser des prises de position quand elles sont monnayables ? Et on reproche aux plus jeunes d’être sans conviction, sans conscience politique, sans engagement, incultes…

L’histoire n’est pas finie : qui composera la commission ? Les volontaires doivent se faire connaître avant le 4 avril. Quels moyens seront alloués in fine ? La commission s’autorisera-t-elle à démissionner ? Comment paramètrera-t-elle l’algorithme local ? Quelles subtilités lui échapperont faute de temps ? Quelles conséquences d’un tel amateurisme ? Nous le saurons très vite.

Et l’équipe de l’OSU est impatiente de publier la suite…