« J’ai tenté d’imposer un avis très favorable pour tous »

Categories Témoignage Prof de Lycée

« Je suis professeur principal en terminale. Nous n’avons reçu aucune formation à Parcoursup. Nous avons organisé une info syndicale sur les réformes en cours, la direction et les copsy sont débordés, les informations ont longtemps été contradictoires (bruits de couloirs et pas d’information officielle claire) et pour l’essentiel on a découvert Parcoursup à l’ouverture, en même temps que les élèves

Nous avions décidé de mettre très satisfaisant partout sur les compétences, en accord avec les collègues opposés à la réforme (pas d’unanimité) et en opposition avec la direction. Cependant, le point n’a pas été évoqué en conseil de classe (oubli de la direction?). J’ai tenté d’imposer un avis très favorable sur toutes les formations autrefois non sélectives en conseil de classe, mais j’ai du lutter avec la proviseur notamment pour les fac de droit, avec un échec pour une élève.

Du point de vue de mes conditions de travail, Parcoursup a signifié des copies en plus pour garantir un 2ème trimestre présentable et des questions d’orientation à gérer pendant les vacances (conseil de classe à la rentrée) –> résultat : j’ai passé les vacances d’hiver à travailler, corriger des copies, relancer des élèves en retard et répondre à des emails. »

« La réputation des lycées d’origine compte… »

Categories Témoignage Prof de Fac

« Nous avons reçu ce témoignage d’un.e enseignant.e de classe préparatoire. Sélectives auparavant, les classes prépa restent sélectives aujourd’hui. La principale chose qui change, c’est que maintenant la sélection peut se baser sur les lettres de motivation de format « Parcoursup » (en suivant des critères qui n’ont pas été explicités auprès des candidat.e.s) et sur les avis « prédictifs » donnés par les enseignant.e.s de lycée. Ce témoignage montre comment les équipes locales créent des algorithmes « maison », qui ont un air très scientifique parce qu’ils sont fondés sur des calculs compliqués – mais, en même temps, qui ne contiennent pas tous les critères, puisque par exemple les lycées d’origine sont également pondérés en fonction de leur « réputation » « 

402 demandes pour 30 à 35 places. L’ensemble de l’équipe pédagogique examine les demandes:
1) les candidatures non recevables sont écartées (langues non enseignées, âge limite dépassé pour le concours,…)
2) chaque enseignant note chacune des candidatures entre 0 et 10,
3) la note donnée est affectée du coefficient de la matière au concours
4) la somme des notes constitue un score qui détermine le classement des candidats de 1 à 402.
La valorisation des lettres de motivation change chaque année car le consensus est difficile à établir. Le plus souvent elles ont un poids marginal, cette année il a été décidé que les lettres seraient consultées en amont afin d‘éliminer les candidats ne faisant pas état d’une motivation explicite pour les écoles préparées. Les avis des enseignants du secondaire en revanche sont pris en compte à la fois sur le niveau et les capacités de travail des élèves. Les notes du bac (Français et autres matières suivant les filières) ainsi que les moyennes sont déterminantes. La réputation des lycées d’origine compte de manière plus ou moins formelle.

« Nous avons voté de mettre le maximum à tous nos élèves, mais… »

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Je suis professeur principal en terminale. Nous avons voté en AG que nous mettrions à nos élèves tout ce qui est attendu pour tous les items pour les voeux université.
Nous avons transformé ce vote en motion au C.A. qui a été approuvée par les parents.
Malgré toutes ces précautions, il demeure 2 ou 3 classes où ça n’a pas été respecté au motif que ces items ne sont pas différenciables selon les voeux. Le proviseur a respecté nos décisions, mais nous n’avons pas pu imposer que toutes les classes soient jugées à un très bon niveau.

L’impact de Parcoursup sur notre travail est abominable. Les relations avec les parents et les élèves restent bonnes car ils connaissent notre position et savent que nous faisons ce que nous pouvons pour qu’ils/elles voient leur candidature retenue. Par contre, la quantité de travail est hallucinante. Elle était déjà très importante avec APB, mais avec Parcoursup c’est le plus de travail qui fait déborder le vase. Nous avons dû préremplir tous les items pour s’assurer que les décisions soient respectées.
Avec la restriction du nombre de voeux, le travail d’élagage s’est fait dans un délai d’autant plus court qu’il a été rétréci par l’avancée de la clôture des voeux habituelle d’une semaine.
Enseignant dans une commune très populaire, il nous faut revoir tous les projets professionnels motivés et tous les CV pour des élèves généralement égarés. De plus, la plate-forme multiplie les avertissements pour leur donner le sentiment qu’ils n’ont pas leur place dans les universités qu’ils demandent. L’année prochaine, il faudra qu’ils réquisitionnent pour trouver des professeurs principaux, qui sont tous au bord de l’épuisement. De plus la procédure mord énormément sur le temps de cours. Enfin, ceci complique notre travail pédagogique à cause de l’importance démesurée que ça donne aux notes du bulletin du 2ème trimestre.

« Certains profs se servent de Parcoursup comme d’un instrument de vengeance »

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(Quelques minutes seulement après le lancement du site le 15 mars 2018, nous avons reçu ce premier témoignage)

 

Il avait été décidé en réunion syndicale de mettre « très satisfaisant » à touTEs les élèves, c’est-à-dire de saboter la plateforme. Cependant, les réunions syndicales sont peu fréquentées dans le lycée où j’enseigne. Dès le début du conseil de classe, l’accord s’est donc dissous, après un court rappel, par le proviseur adjoint, de la nécessité de nous soumettre consciencieusement à cet exercice. Il est d’ailleurs intéressant de noter que le proviseur adjoint en question, d’habitude détendu et à l’écoute, s’est montré pour le coup froid et autoritaire. Il n’était plus question de discuter. La partie était donc perdue, puisqu’une fois qu’on commence à « jouer le jeu » de parcours sup, on se soumet à ses règles, on s’impose des principes de justice tels que « on ne peut pas mettre « très satisfaisant » à cet élève alors qu’on a mis que « satisfaisant » à tel autre. »

Lorsqu’on interroge les élèves sur ce qu’ils pensent de parcours sup ils développent ou bien un discours technique (le site est bien/mal fait) ou bien s’inquiètent de savoir s’ils obtiendront la formation qu’ils désirent. Je leur ai donc expliqué qu’il me semblait pour ma part étrange que les enseignants s’arrogent dorénavant le droit de statuer non seulement sur ce qu’ils sont en tant qu’élèves mais aussi sur ce qu’ils vont devenir en tant qu’étudiants. Ils disent qu’ils n’avaient pas « pensé aux choses comme cela », et se montrent ou bien révoltés ou bien déprimés. Ce qui les gêne le plus dans l’immédiat, c’est cependant la lettre de motivation et le CV à rédiger, dont ils ont bien conscience qu’ils les mettent dans une position de « chercheur d’emplois » plus que d’étudiants.

N’étant pas professeur principal, l’impact de Parcoursup sur mes conditions de travail se réduit aux conseils de classe, qui durent dorénavant plus de deux heures. J’ajouterai cependant qu’il a modifié aussi le rapport aux collègues: soit qu’ils me jugent exagérément revendicatif tant l’expérience du conseil de classe (notamment le remplissage de la case « capacité de réussite ») m’a révoltée (je leur en ai parlé pendant une semaine), soit que j’ai pris conscience d’à quel point certains d’entre eux se servaient de la plateforme comme d’un instrument de vengeance: « tel élève n’a rien fait pendant trois ans au lycée, il ne rend pas ses devoirs, il est turbulent, on va lui pourrir son orientation » – ce bien sûr, au nom de la justice, de la cohérence et de l’équité.