Parcoursup est-il codé en langue de bois ? Nous aimerions bien le savoir !

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Je m’appelle Jérémy Freixas et je suis ATER (Assistant Temporaire d’Enseignement et de Recherche) à l’Université de Nantes. Il y a bien longtemps, un monsieur a affirmé “Code is Law”. Derrière ces trois mots se cache l’idée que nos échanges sur internet sont régulés par celles et ceux qui fabriquent les pages du web.

J’ai la conviction qu’il est nécessaire de creuser aussi dans les lignes de ces procédures informatisées mises en place l’État pour démêler le vrai du faux des discours officiels.

Les différents témoignages postés sur l’Observatoire de la sélection de RogueESR permettent d’avoir des éléments concrets sur certaines fonctionnalités de la plateforme Parcoursup et la façon dont l’outil est présentés aux profs de lycées et de facs.

Mais le temps presse et nous n’avons pas le temps de nous amuser à faire de la rétro-ingénierie pour avoir les détails sur l’affectation des vœux.

C’est pourquoi la publication du code source et la communications des algorithmes de classement des candidat.e.s est une nécessité.

L’association Droit aux Lycéens avait obtenu à l’automne 2016 après de nombreux efforts la communication d’une partie du code source de feu APB (Admission Post Bac).

Cette demande faisait suite à l’opacité de la procédure dans des filières non-sélectives, mais tendues, où des dossiers étaient refusés. Le ministère n’a pas facilité l’analyse de ce code source en transmettant un fichier pdf, sans documentation, avec des appels à une base de donnée inconnue, bref : un programme ne pouvant en aucun cas être exécuté et étudié en profondeur.

De l’eau a coulé sous les ponts, et depuis :

  • En 2017, Etalab, la mission coordonnant l’ouverture des données publiques a recommandé d’aller plus loin dans l’ouverture du code source d’APB. Bien que non contraignante, cette déclaration reconnaît officiellement cette nécessité.

  • La communication des algorithmes de la plateforme Parcoursup a été soulevé plusieurs fois dans les débats parlementaires au sujet de loi ORE (Orientation et Réussite des Etudiants). De nombreuses déclarations ont été fait dans le sens de plus de transparence, jusqu’au président Macron, qui a rappelé lors de l’événement de communication autour de l’intelligence artificielle #AIforHumanity l’importance de la publication des algorithmes utilisés par les administrations de l’État « à commencer par Parcoursup ».

  • L’article 1 de la loi ORE affirme même que « la communication, en application des dispositions du code des relations entre le public et l’administration, du code source des traitements automatisés utilisés pour le fonctionnement de la plateforme mise en place dans le cadre de la procédure nationale de préinscription prévue au I s’accompagne de la communication du cahier des charges présenté de manière synthétique et de l’algorithme du traitement. »

Que demander de plus ?

La communication effective de ce code !

La plateforme a été ouverte le 15 janvier 2018.

La loi, adoptée, le 8 mars 2018.

Qu’attend le ministère pour communiquer le cahier des charges de la procédure et le code ?

Frédérique Vidal encourage « tous ceux qui disent, dans les universités, qu’ils répondront oui à tous les étudiants », car « c’est ce que la loi leur demande de faire » et en même temps dénonce « tous ceux qui refuseront de répondre oui si » leur invitant à « regard[er] leurs étudiants en face » afin de de « leurs expliqu[er] comment ils ont pu refuser de mettre en place des parcours pour les aider » (voir la vidéo).

A quoi sert Parcoursup si c’est pour répondre à oui à tous les vœux ? N’aurait-on pas pu imaginer une procédure plus simple ?

Frédérique Vidal déplore la désinformation et affirme le 5 avril qu’« il y a encore une part d’information qui doit être donnée et être expliquée ». Quelles informations ? Est-ce normal d’arriver à ce genre de situation alors que la procédure est amorcée depuis plusieurs semaines ? Y a-t-il un moment où les candidat.e.s et les enseignant.e.s seront pleinement au courant de ce qui les attend ?

Le double discours a ses limites, et s’il y a bien une chose qui est factuelle dans cette procédure, c’est la nature même du traitement des données derrière Parcoursup et les différents programmes de tri locaux. En gros : les lignes de codes qui servent à classer les quelques 7 millions de vœux émis par les inscrit.e.s sur Parcoursup. Sans cette analyse du code, impossible de comprendre clairement l’affectation des vœux. Ainsi que les critères et motivations qui rentrent en jeu derrière.

C’est pourquoi j’ai envoyé une demande d’ouverture du code comme le prévoit la loi « Commission d’accès aux documents administratifs » (loi CADA). Le ministère dispose d’un délai d’un mois à compter du 12 mars 2018 pour diffuser publiquement le code source de la plateforme. Ce n’est qu’une première étape avant de s’intéresser aux procédures de tri locales.

Cette démarche est à mettre en parallèle du groupe CRCé au Sénat qui a saisi la CNIL (Commision National de l’informatique et des libertés) au sujet de Parcoursup. Cette dernière affirme que « les établissements d’enseignement supérieur qui recourraient à un traitement algorithmique pour examiner les candidatures qui leur sont soumises devront également fournir l’ensemble des éléments permettant de comprendre la logique qui sous-tend cet algorithme ».

Madame Frédérque Vidal peut économiser son temps, ses tweets et son service communication : tout deviendra clair dès lors que le code source sera public et les logiques des algorithmes dévoilées.