Parcoursup : mode d’emploi CRITIQUE

Le ministère de l’enseignement supérieur de la recherche et de l’innovation (MESRI) a organisé le 19, 20 et 26 mars des journées de formations pour les collègues (parisiens) de l’enseignement supérieur, désireuses/désireux de s’informer sur le fonctionnement de Parcoursup. L’Observatoire de la sélection universitaire vous propose un résumé critique des meilleurs moments !

Sources (désormais en téléchargement libre) : documents « Livret de formation numérique » (encadrés) + Présentation Powerpoint + Outil d’aide à la commission d’examen des voeux  + notes prises à la réunion par notre agent infiltré

Petits rappels pour commencer :

  • Classer les voeux

Toutes les formations y compris les non sélectives devront classer absolument tous les dossiers si elles ont reçues plus de vœux que de places (ou « capacité d’accueil »), soit la quasi-totalité des formations :

Une formation non sélective avec une capacité d’accueil de, disons, 200 étudiants qui reçoit 1500 candidatures devra donc classer les 1500 candidatures.

L’option « ex-aequo » n’est pas prévu par Parcoursup : impossible donc de s’en sortir en classant tout le monde 1er…. Cela tient au fonctionnement de la plate-forme au niveau national.

  • Les listes d’attentes

Le classement permet d’établir une liste d’attente. Les formations pourront faire du « surbooking » (selon l’expression employée lundi), c’est-à-dire « appeler » plus de candidats qu’elles n’ont de places en réalité. Ce surbooking respectera un quota qui n’est pas fixé encore. Les candidat.e.s seront automatiquement « appelé.e.s » selon leur rang de classement au fil des désistements et cela tout l’été. Il n’est pas prévu qu’ils/elles aient connaissance de ce rang.

Les formations ne pourront pas déterminer où commence et s’arrête la file d’attente et ce ne seront pas elles qui avertiront les candidat.e.s de leur présence ou non sur la liste (cf. ci-dessous)

Une fois le classement établi, il est impossible d’y revenir ! Par le jeu des désistements, une formation peut se trouver en situation de n’accueillir que des étudiant.e.s « Oui-si », c’est-à-dire  soumis.es à des dispositifs de soutien spécifiques (catégorie 1 identifiée par l’article D. 6121-13 du code de l’éducation : remises à niveau, tutorat etc.) ou à une année de formation supplémentaire (catégorie 2 identifiée par l’article D. 612-1-13 du code de l’éducation : une Licence en 4 ans comprenant des dispositifs d’accompagnement spécifiques).

Et maintenant, quelques petites infos qui nous montrent que (ô surprise!) il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Parcoursup 

Info n°1 : Officiellement, le gouvernement a mis fin à l’ancienne plate-forme APB à cause de l’opacité de son algorithme d’affectation, mais…

La journée de formation était largement consacrée à la présentation de l’« outil d’aide à la décision » disponible sur nouvelle la plate-forme Parcoursup. Cet outil d’aide à la décision doit permettre de préparer le travail des commissions d’examen des vœux au sein des établissements, en générant un premier classement automatique des candidatures. Cet outil fera l’objet d’un paramétrage particulier pour chaque formation (comme spécifié dans l’encadré ci-dessous). Les « algorithmes locaux » (il s’agit bien de l’expression employée durant la journée) vont donc se multiplier. 

Ces algorithmes locaux ne seront communiqués aux candidat.e.s que s’ils/elles en font la demande (notamment en cas de recours), loin de la transparence annoncée :

Les classements produits par les commissions seront ensuite repassées à la moulinette de l’algorithme national (qui, lui, sera effectivement public, mais n’est pas encore finalisé, car le cadre légal déterminant les quotas secteur/hors secteur et quotas de boursiers n’est pas encore fixé). Autrement dit, le national pourra modifier les décisions locales (le classement sera « décalé » selon l’expression employée durant la journée).

Info n°2 : Officiellement, il n’y pas de sélection à l’entrée de l’université, mais…

L’outil d’aide à la décision disponible sur la plate-forme Parcousup est une émanation du logiciel utilisé antérieurement dans les filières sélectives de l’enseignement supérieur (STS et IUT notamment), étrange pour un outil qui ne doit pas servir à opérer de sélection… Les ingénieurs de la plate-forme, qui animaient la journée de formation à Paris, étaient d’ailleurs assistés par des enseignants des IUT, familiers de ce processus de sélection.

Rappelons que le 18 mars dernier, la ministre Frédérique Vidal assurait qu’ « aucun candidat à l’université ne recevra un « non » ». Mais le « livret de formation numérique » présenté lors de la formation fait mention de « décisions négatives » ou de « refus d’admission » y compris pour les filières non sélectives !

Ci-dessous : Vidal vs le livret de formation : qui dit vrai ??